Le Rotary Club Lyon Centre et le Rotary Club Lyon Quintessence ont eu le plaisir d'accueillir Dominique Bernaud qui nous a présenté ses travaux de recherche entomologique sur la biodiversité, la biogéographie et l’écologie des insectes, en particulier une sous-famille de papillons pour
la région Afrotropicale : la sous-
famille des Acraea..
Dominique Bernaud, par ses travaux, a pu identifier et rassembler plus de 150.000 spécimens qui viennent enrichir et compléter les différents musées d'histoire naturelle dans le Monde et en particulier le muséum national d'histoire naturelle (MNHN) qui présente 30.000 spécimens d'Acraea.
Qu'est-ce que la sous-famille des Acraea ?
Acraea
est un genre de lépidoptères (papillons) tropicaux qui est classé aujourd’hui
dans la famille des Nymphalidae (papillons tétrapodes – première paire de
pattes réduite) et dans la sous-famille des Heliconiinae.
Ces travaux sont effectués dans un contexte de
recherche.
Les études sur la biodiversité, la biogéographie et l’écologie des insectes
permettent de comprendre :
- comment se forment les espèces
- comment elles évoluent
- en quoi
es changements actuels ont une incidence sur leur distribution et leur survie.
Les changements écologiques actuels sont dus à :
- La diminution des habitats naturels du fait de la forte croissance de la
démographie, tout particulièrement en Afrique (exemple de l’Ouganda où les
forêts et habitats d’origine ne représentent plus que 4% du pays).
- L’artificialisation des terres par des projets de développement économique.
- La modification des habitats du fait du réchauffement climatique. Ceci se
mesure par la diminution des périodes pluvieuses et l’augmentation corrélative
de la désertification des habitats naturels.
Détermination du champ de recherche de l’auteur.
Dès 1990 l’auteur a décidé d’étudier exclusivement une sous-famille de papillons pour
la région Afrotropicale en lien avec le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris : la sous-
famille des Acraeini a été choisie.
L’intérêt d’étudier cette sous-famille est basé sur
les caractères suivants :
- C’est un groupe de papillons assez important en nombre (environ 300 espèces
et sous-espèces en Afrique).
- Sa distribution est vaste, mais les populations sont souvent très localisées et
endémiques d’une région ou d’une montagne.
- Ce groupe est toxique, ce qui le protège de la prédation. Les chenilles sont
également toxiques et consomment des plantes urticantes (Urticacées comme
les orties), ou vénéneuses (Passifloracées).
- Du fait de cette toxicité, de nombreuses espèces d’autres familles non
vénéneuses leur ressemblent (mimétisme), ce qui augmente la difficulté de
l’identification des espèces.
- Ces espèces consomment toutes des plantes spécifiques, dont l’étude de la
distribution est également importante (nous travaillons avec l’herbier du
Muséum de Genève, qui a la plus grande base de données de plantes).
- En outre elles sont d’une part parfois difficiles à distinguer l’une de l’autre, et
présentent un polymorphisme important (couleurs différentes, formes
saisonnières, etc.).
Quels sont les outils que les entomologistes emploient pour mener ces recherches ?
- En premier lieu des investigations sur le terrain qui permettent d’observer les
populations d’insectes. Dominique Bernaud et son équipe étudient des zones naturelles reculées (réserves
naturelles, parcs) avec l’autorisation des autorités des pays concernés.
- Pour observer utilement des populations d’insectes, il faut les connaître, d’où le
travail de collecte et d’études de spécimens. Les collections d’insectes existent depuis le 18e siècle. De nombreux Muséums détiennent des collections
historiques (exemple du Muséum de Berlin qui conserve encore des collections
du début du 19e siècle).
- Les études de spécimens portent sur l’analyse des différences d’habitus
(aspect extérieur, dessins, nervures, griffes), la comparaison des pièces
génitales et le séquençage du code ADN (depuis les années 2000).
- Ces études sont complétées sur le terrain par la connaissance des premiers
états (cycle de l’œuf à la chrysalide) et des plantes-hôtes utilisées par les
chenilles. Cela permet parfois de découvrir des espèces jumelles qui ont des
chenilles différentes, utilisent des plantes différentes, mais pour lesquelles le
papillon est presque identique.
- Le développement de bases de données des spécimens collectés permet de
réaliser des cartes de distribution (d’où l’importance aujourd’hui des outils de
géo-localisation). Ces cartes sont réalisées depuis les années 2000 à partir de
données satellitaires. Nous connaissons avec exactitude l’altitude de chaque
zone étudiée, sa végétation, sa température moyenne, la pluviométrie, et
l’étendue des zones habitées et cultivées.
- Enfin, un travail scientifique ne peut être mené sans connaître les travaux
précédents et sans un partage d’informations continuel entre spécialistes. Il
nécessite de publier les résultats des recherches dans des revues ou des
ouvrages de synthèse. Les publications numériques se sont développées de
façon importante depuis les années 1990.
Quels sont les résultats que nous avons obtenus depuis ces 30 dernières années
pour la sous-famille étudiée ?
-
Dominique Bernaud et son équipe ont réuni aujourd’hui pratiquement l’intégralité des publications
concernant la sous-famille de papillons étudiée (depuis le systema naturae de
Linné en 1748). Ceci en partie grâce aux bibliothèques des Muséums, mais
aussi, depuis plusieurs années grâce à la mise à disposition de publications
numérisées (site Biodiversity Heritage de la Smithonian Institution par exemple
ou site Persée de France).
-
Ils ont étudié les spécimens en collection de la plupart des grands
Muséums du Monde, et plus particulièrement photographié les spécimens
types déposés lors de description de nouveaux taxons.
-
Ils ont collecté sur le terrain dans la plupart des forêts et montagnes des
pays d’Afrique sub-sahariens.
-
Ils ont ainsi redécouvert des espèces considérées comme disparues, ou
connues par quelques spécimens uniquement.
-
Ils ont découvert de nouvelles espèces inconnues.
-
Ils ont élevé près de 60% des espèces sur le terrain en réalisant des
macros photographies des premiers états et des papillons dans leur
environnement.
- Des cartes de distribution de toutes les espèces pour l’Afrique ont été publiées
dans un ouvrage de synthèse, en déterminant les zones d’endémisme. Onze
zones différentes écologiquement ont été identifiées.
- Ils participent à de nombreux inventaires de parcs et réserves. Exemple du
projet BIOBLITZ dans le Nsumbu Park au sud du lac Tanganyika.
Bibliographie : Le Site des Acraea de Dominique Bernaud