Conférence par Dominique Bernaud sur les Acraea

lundi 17 novembre 2025

Le Rotary Club Lyon Centre et le Rotary Club Lyon Quintessence ont eu le plaisir d'accueillir Dominique Bernaud qui nous a présenté ses travaux de recherche entomologique sur la biodiversité, la biogéographie et l’écologie des insectes, en particulier une sous-famille de papillons pour la région Afrotropicale : la sous- famille des Acraea..

Dominique Bernaud

Dominique Bernaud, par ses travaux, a pu identifier et rassembler plus de 150.000 spécimens qui viennent enrichir et compléter les différents musées d'histoire naturelle dans le Monde et en particulier le muséum national d'histoire naturelle (MNHN) qui présente 30.000 spécimens d'Acraea. 

Qu'est-ce que la sous-famille des Acraea ?

Acraea est un genre de lépidoptères (papillons) tropicaux qui est classé aujourd’hui dans la famille des Nymphalidae (papillons tétrapodes – première paire de pattes réduite) et dans la sous-famille des Heliconiinae.    

Ces travaux sont effectués dans un contexte de recherche.

Les études sur la biodiversité, la biogéographie et l’écologie des insectes permettent de comprendre :

  • comment se forment les espèces
  • comment elles évoluent
  • en quoi  es changements actuels ont une incidence sur leur distribution et leur survie.
Les changements écologiques actuels sont dus à :
  • La diminution des habitats naturels du fait de la forte croissance de la démographie, tout particulièrement en Afrique (exemple de l’Ouganda où les forêts et habitats d’origine ne représentent plus que 4% du pays).
  • L’artificialisation des terres par des projets de développement économique.
  • La modification des habitats du fait du réchauffement climatique. Ceci se mesure par la diminution des périodes pluvieuses et l’augmentation corrélative de la désertification des habitats naturels.
Détermination du champ de recherche de l’auteur.

Dès 1990 l’auteur a décidé d’étudier exclusivement une sous-famille de papillons pour la région Afrotropicale en lien avec le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris : la sous- famille des Acraeini a été choisie.

L’intérêt d’étudier cette sous-famille est basé sur les caractères suivants :

  • C’est un groupe de papillons assez important en nombre (environ 300 espèces et sous-espèces en Afrique).
  • Sa distribution est vaste, mais les populations sont souvent très localisées et endémiques d’une région ou d’une montagne.
  • Ce groupe est toxique, ce qui le protège de la prédation. Les chenilles sont également toxiques et consomment des plantes urticantes (Urticacées comme les orties), ou vénéneuses (Passifloracées).
  • Du fait de cette toxicité, de nombreuses espèces d’autres familles non vénéneuses leur ressemblent (mimétisme), ce qui augmente la difficulté de l’identification des espèces.
  • Ces espèces consomment toutes des plantes spécifiques, dont l’étude de la distribution est également importante (nous travaillons avec l’herbier du Muséum de Genève, qui a la plus grande base de données de plantes).
  • En outre elles sont d’une part parfois difficiles à distinguer l’une de l’autre, et présentent un polymorphisme important (couleurs différentes, formes saisonnières, etc.).
Quels sont les outils que les entomologistes emploient pour mener ces recherches ?
  • En premier lieu des investigations sur le terrain qui permettent d’observer les populations d’insectes. Dominique Bernaud et son équipe étudient des zones naturelles reculées (réserves naturelles, parcs) avec l’autorisation des autorités des pays concernés.
  • Pour observer utilement des populations d’insectes, il faut les connaître, d’où le travail de collecte et d’études de spécimens. Les collections d’insectes existent depuis le 18e siècle. De nombreux Muséums détiennent des collections historiques (exemple du Muséum de Berlin qui conserve encore des collections du début du 19e siècle).
  • Les études de spécimens portent sur l’analyse des différences d’habitus (aspect extérieur, dessins, nervures, griffes), la comparaison des pièces génitales et le séquençage du code ADN (depuis les années 2000).
  • Ces études sont complétées sur le terrain par la connaissance des premiers états (cycle de l’œuf à la chrysalide) et des plantes-hôtes utilisées par les chenilles. Cela permet parfois de découvrir des espèces jumelles qui ont des chenilles différentes, utilisent des plantes différentes, mais pour lesquelles le papillon est presque identique.
  • Le développement de bases de données des spécimens collectés permet de réaliser des cartes de distribution (d’où l’importance aujourd’hui des outils de géo-localisation). Ces cartes sont réalisées depuis les années 2000 à partir de données satellitaires. Nous connaissons avec exactitude l’altitude de chaque zone étudiée, sa végétation, sa température moyenne, la pluviométrie, et l’étendue des zones habitées et cultivées.
  • Enfin, un travail scientifique ne peut être mené sans connaître les travaux précédents et sans un partage d’informations continuel entre spécialistes. Il nécessite de publier les résultats des recherches dans des revues ou des ouvrages de synthèse. Les publications numériques se sont développées de façon importante depuis les années 1990.
Quels sont les résultats que nous avons obtenus depuis ces 30 dernières années pour la sous-famille étudiée ?
  • Dominique Bernaud et son équipe ont réuni aujourd’hui pratiquement l’intégralité des publications concernant la sous-famille de papillons étudiée (depuis le systema naturae de Linné en 1748). Ceci en partie grâce aux bibliothèques des Muséums, mais aussi, depuis plusieurs années grâce à la mise à disposition de publications numérisées (site Biodiversity Heritage de la Smithonian Institution par exemple ou site Persée de France).
  • Ils ont étudié les spécimens en collection de la plupart des grands Muséums du Monde, et plus particulièrement photographié les spécimens types déposés lors de description de nouveaux taxons.
  • Ils ont collecté sur le terrain dans la plupart des forêts et montagnes des pays d’Afrique sub-sahariens.
  • Ils ont ainsi redécouvert des espèces considérées comme disparues, ou connues par quelques spécimens uniquement.
  • Ils ont découvert de nouvelles espèces inconnues.
  • Ils ont élevé près de 60% des espèces sur le terrain en réalisant des macros photographies des premiers états et des papillons dans leur environnement.
  • Des cartes de distribution de toutes les espèces pour l’Afrique ont été publiées dans un ouvrage de synthèse, en déterminant les zones d’endémisme. Onze zones différentes écologiquement ont été identifiées.
  • Ils participent à de nombreux inventaires de parcs et réserves. Exemple du projet BIOBLITZ dans le Nsumbu Park au sud du lac Tanganyika.

Bibliographie : Le Site des Acraea de Dominique Bernaud

Acraea

Rotary Lyon Centre et Rotary Lyon Quintessence